Communiqué de presse

L’Algérie à la veille du 37ᵉ anniversaire des événements d’Octobre 1988

La répression répète les erreurs du passé et mène vers une nouvelle explosion

En septembre 2025, l’Algérie a connu une nouvelle vague de répression systématique visant des militants politiques, des journalistes et des défenseurs des droits humains. Cette situation ravive les blessures du passé et annonce une dangereuse dérive vers un État policier qui confisque les libertés et vide l’espace public de toute voix dissidente. L’Organisation SHOAA pour les Droits Humains estime que cette escalade ne peut être comprise que comme une politique délibérée visant à étouffer ce qui reste d’espace civique et politique et à criminaliser toute activité indépendante.

Dans ce contexte, Fethi Ghares, coordinateur national du Mouvement Démocratique et Social, a été arrêté le lundi 29 septembre 2025 après une perquisition à son domicile par des agents de sécurité en civil. Il a été placé sous contrôle judiciaire en attendant son procès pour des accusations vagues souvent utilisées comme armes politiques, telles que “l’outrage à une institution de l’État” et la “diffusion de fausses informations menaçant l’ordre public”. Ces accusations démontrent clairement que la justice est devenue un instrument de représailles politiques au lieu d’être une garante des droits et libertés.

À Constantine, le mardi 30 septembre 2025, le tribunal correctionnel a condamné le journaliste et militant Abdelkrim Zeghilèche à un an de prison ferme et à une lourde amende, sur la base d’une ancienne publication Facebook datant de 2019. Jugé en procédure de comparution immédiate, il a été condamné en une seule journée — un scandale judiciaire complet qui invalide toute prétention à l’indépendance de la justice en Algérie.

Le bilan de septembre est alarmant : au moins 15 cas d’arrestations et de convocations, un militant placé en détention provisoire sous l’accusation de “terrorisme” fondée sur l’article 87 bis tristement célèbre, deux militants renvoyés en comparution immédiate, six autres placés sous contrôle judiciaire, sans compter des condamnations et poursuites arbitraires visant d’autres acteurs. Il ne s’agit pas d’événements isolés, mais d’indicateurs d’une tendance autoritaire croissante faisant de la répression une politique d’État destinée à faire taire les voix libres et à vider la scène politique de toute opposition.

Ce cheminement vise à étouffer l’espace civique et politique et à criminaliser la liberté d’expression, avec une justice politisée agissant comme bras répressif au lieu de protéger les droits. Une telle trajectoire menace d’entraîner l’Algérie dans une isolation internationale accrue et de l’exposer à une surveillance renforcée concernant ses engagements en matière de droits humains. L’Organisation SHOAA considère que la situation a atteint un niveau dangereux nécessitant des réformes urgentes et concrètes : les libertés sont systématiquement assassinées, la justice transformée en arme punitive, et la notion d’“ordre public” utilisée comme prétexte pour museler les voix dissidentes.

SHOAA rappelle également le 37ᵉ anniversaire des événements du 5 octobre 1988, qui auront lieu dans trois jours, lorsque des milliers d’Algériens — jeunes, étudiants et travailleurs — sont descendus dans la rue pour réclamer liberté, dignité et justice sociale. Leurs voix furent réprimées par les balles réelles et une violence sanglante qui fit des centaines de morts et laissa des blessures profondes dans la mémoire nationale. Cet anniversaire n’est pas qu’un repère historique, mais un avertissement clair que la répression ne peut éteindre la voix du peuple, et que persister dans la même voie risque de reproduire la tragédie et de pousser le pays vers une nouvelle explosion sociale.

En conséquence, l’Organisation SHOAA pour les Droits Humains exige :

La libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers d’opinion.

L’abandon des accusations fabriquées fondées sur des dispositions vagues, notamment l’article 87 bis.

La fin de l’hégémonie des services de sécurité sur la vie politique et la garantie d’une justice indépendante, à l’abri des manipulations politiques.

La réouverture de l’espace civique, politique et médiatique, permettant aux acteurs d’y exercer librement sans restrictions ni harcèlement.

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