Communiqué de presse

SHOAA : Le discours de Tebboune sur l’ouverture à l’opposition manque de crédibilité face à la poursuite de la répression et des restrictions des libertés

SHOAA pour les droits humains a pris connaissance des déclarations faites par le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, lors de sa visite en Allemagne le mercredi 15 juillet 2026, au cours desquelles il a affirmé accueillir favorablement l’opposition et reconnaître le droit des Algériens à critiquer les autorités.

Toutefois, la réalité des droits humains et de la vie politique en Algérie présente un tableau tout autre. Les poursuites judiciaires continuent de viser des militants, des responsables politiques, des journalistes et des défenseurs des droits humains en raison de l’exercice pacifique de leur liberté d’opinion et d’expression. De simples citoyens ont également été poursuivis pour avoir critiqué les politiques économiques et sociales du gouvernement, tandis que des élus et des membres des institutions législatives ont fait l’objet de poursuites en raison de leurs positions politiques ou de l’exercice de leur mission de contrôle parlementaire.

La pression exercée contre l’opposition à l’intérieur du pays se poursuit à travers les arrestations, les interdictions arbitraires de voyager, les restrictions imposées aux partis politiques, aux associations et aux syndicats, ainsi que l’exclusion des voix indépendantes des médias, vidant ainsi le pluralisme politique de sa substance. Selon la base de données de SHOAA, plus de 200 prisonniers d’opinion demeurent détenus pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux.

S’agissant des Algériens établis à l’étranger, plusieurs opposants et militants ont été condamnés en raison de leurs opinions ou de leurs activités pacifiques. SHOAA rappelle également sa déclaration du 14 octobre 2025, qui documentait des pratiques de pression et d’intimidation exercées par certains services consulaires algériens à l’encontre de membres de la diaspora en raison de leurs opinions politiques ou de leurs activités en faveur des droits humains.

SHOAA estime que ce qui a été présenté comme l’initiative de « Lam El-Chamel », suivie des mesures de régularisation adoptées par le Conseil des ministres en janvier 2026, lesquelles imposaient aux bénéficiaires de s’engager à ne pas réitérer les faits ayant donné lieu aux poursuites, n’a pas constitué une initiative fondée sur le respect des droits humains et de l’État de droit. Dans les faits, le retour au pays ou l’accès aux services consulaires et aux documents officiels, y compris les passeports, se sont trouvés conditionnés à des engagements ou à des exigences portant atteinte à la liberté d’opinion et d’expression, sans garanties juridiques réelles permettant l’exercice des droits et des libertés sans crainte de poursuites.

SHOAA rappelle également que la situation des droits humains en Algérie a fait l’objet de communications répétées des Rapporteurs spéciaux des Nations Unies concernant la liberté d’opinion et d’expression, la liberté d’association, la détention arbitraire et la situation des défenseurs des droits humains. Ces communications appellent à des réponses concrètes et à de véritables réformes, et non à de simples déclarations politiques.

SHOAA souligne que l’ouverture à l’opposition ne se mesure pas aux discours, mais à une véritable volonté politique se traduisant par la libération des prisonniers d’opinion, la fin des poursuites à caractère politique, la levée des restrictions pesant sur les partis politiques, les associations et les médias, le respect de l’indépendance de la justice, la fin de l’utilisation des services consulaires et des documents administratifs comme moyens de pression ou de chantage, ainsi que la garantie pour tous les Algériens, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, d’exercer librement leurs droits et de retourner dans leur pays sans discrimination.

En conséquence, SHOAA considère que les déclarations du Président de la République concernant l’ouverture à l’opposition resteront dépourvues de crédibilité tant qu’elles ne seront pas accompagnées de véritables réformes politiques et en matière de droits humains, permettant la réouverture de l’espace civique, la fin de la répression de l’opposition pacifique et le renforcement de l’État de droit, des droits humains et des libertés fondamentales.

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