Communiqué de presseRapports

SHOAA : L’Examen national volontaire de l’Algérie pour 2026 sur le développement durable présente un récit officiel incomplet et passe sous silence le recul des droits humains, de la gouvernance et de la participation

À l’occasion de la participation de l’Algérie au Forum politique de haut niveau sur le développement durable (HLPF), tenu au siège des Nations Unies à New York du 7 au 15 juillet 2026, et de la présentation de son Examen national volontaire (ENV) 2026 sur la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, SHOAA for Human Rights publie un rapport d’analyse indépendant évaluant la conformité de cet examen avec les lignes directrices des Nations Unies relatives aux Examens nationaux volontaires.

L’analyse conclut que l’Examen national volontaire présente une image positive des progrès accomplis par l’Algérie dans la réalisation des Objectifs de développement durable. Toutefois, une lecture indépendante de son contenu révèle un écart manifeste entre le discours officiel et la réalité de la mise en œuvre dans plusieurs domaines essentiels. Le rapport demeure essentiellement descriptif, mettant l’accent sur les politiques et projets gouvernementaux tout en accordant une attention limitée aux défis institutionnels et aux enjeux liés aux droits humains qui influencent directement la réalisation des Objectifs de développement durable.

L’analyse montre que le rapport ne fournit pas suffisamment d’informations permettant de vérifier la participation effective de la société civile indépendante à son élaboration. Il ne publie ni la méthodologie des consultations, ni leurs résultats, ni la manière dont les observations formulées par les parties prenantes ont été prises en considération. Cette situation limite l’évaluation du respect du principe de partenariat et de participation consacré par l’ODD 17.

Le rapport met également en évidence des insuffisances dans la qualité des données utilisées. Il s’appuie sur des données datant de 2011 pour affirmer que le taux d’extrême pauvreté ne dépasse pas 0,5 %, tout en mentionnant un taux de 4,67 % selon le nouveau seuil international de pauvreté, sans publier de données nationales récentes permettant d’évaluer la situation actuelle. Cela affaiblit l’évaluation des progrès accomplis dans la réalisation de l’ODD 1.

En matière d’égalité entre les femmes et les hommes, le rapport met en avant plusieurs réalisations sectorielles mais ignore des indicateurs révélant la persistance des défis, notamment la forte baisse de la représentation des femmes au Parlement, passée de 31,6 % à 11,2 %, puis à 5,65 % à la suite des dernières élections législatives. Il ne fournit pas non plus d’évaluation suffisante de la participation économique des femmes ni des violences fondées sur le genre, ce qui ne permet pas une appréciation équilibrée de l’ODD 5.

L’analyse relève également d’importantes lacunes concernant l’évaluation de la liberté d’expression, de la liberté de la presse, de la liberté d’association, de l’indépendance de la justice et de l’espace civique, alors que ces éléments sont directement liés à la réalisation de l’ODD 16. Elle souligne en outre que l’affaire de l’économiste Djelloul Slama, placé en détention après avoir exprimé publiquement son analyse du projet minier de Gara Djebilet, soulève de sérieuses interrogations quant à la possibilité pour les experts de participer librement au débat public sur les politiques et les projets de développement.

Enfin, le rapport n’évalue pas de manière suffisante la situation des migrants, des demandeurs d’asile, des personnes en situation de handicap et des autres groupes vulnérables. Il ne s’appuie pas non plus sur des données ventilées permettant de mesurer le respect du principe consistant à « ne laisser personne de côté », l’un des fondements essentiels du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

SHOAA for Human Rights rappelle que le développement durable ne peut être mesuré uniquement par le nombre de projets réalisés ou le volume des investissements. Il doit également être évalué à travers le respect des droits humains, de l’État de droit, de la transparence, de la redevabilité, de l’indépendance des institutions, de l’ouverture de l’espace civique et de la participation effective du public. Les Examens nationaux volontaires ne peuvent remplir leur mission s’ils se limitent à présenter les réalisations sans fournir une évaluation objective des défis et des insuffisances.

L’organisation appelle les autorités algériennes à adopter une approche plus transparente et inclusive dans l’élaboration des prochains Examens nationaux volontaires, fondée sur la participation effective de la société civile indépendante, la publication de données récentes et vérifiables, le respect des droits et libertés fondamentaux, l’élargissement de l’espace civique et l’ouverture aux critiques constructives, afin que ces examens deviennent de véritables outils d’évaluation, de redevabilité et d’amélioration des politiques publiques, conformément à l’esprit et aux objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

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