Surveillance et documentation

L’interdiction de voyager imposée au journaliste Mustapha Benfodil révèle le décalage entre le discours officiel et la réalité

Les autorités algériennes ont empêché le journaliste, romancier et dramaturge Mustapha Benfodil de quitter le territoire national le 13 juillet 2026, alors qu’il se rendait en France pour participer au Festival d’Avignon, où il devait présenter une œuvre théâtrale documentant les conséquences des essais nucléaires français dans le Sahara algérien.

Cette interdiction de voyager est intervenue après sa convocation, le 18 janvier 2026, par les services de renseignement intérieur, qui l’ont interrogé au sujet d’un article publié dans le quotidien El Watan consacré à une étude universitaire sur les risques liés au gaz de schiste. Aucun procès ni aucune poursuite judiciaire n’ont été engagés à la suite de cet interrogatoire. Il s’est ensuite vu imposer une interdiction de voyager sans décision écrite ni motivée.

L’organisation SHOAA considère que cette affaire illustre le décalage entre le discours officiel des autorités algériennes et la réalité des droits humains dans le pays. Alors que les autorités affirment défendre la mémoire nationale et dénoncer les crimes du colonialisme, un journaliste et écrivain algérien est empêché de présenter une œuvre artistique documentant les conséquences des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. L’organisation rappelle également que les autorités algériennes n’ont toujours pas répondu aux communications des Rapporteurs spéciaux des Nations unies concernant les conséquences des essais nucléaires français, communications dont Shoaa a contribué à la saisine des mécanismes des Nations unies.

Cette mesure contredit également les récentes déclarations du président Abdelmadjid Tebboune à Berlin, dans lesquelles il affirmait accueillir favorablement l’opposition et respecter la liberté d’expression. Dans le même temps, les restrictions à la liberté d’expression, à la création artistique et à la liberté de circulation se poursuivent, illustrant le rétrécissement continu de l’espace civique et l’absence d’une véritable volonté politique d’accepter les opinions dissidentes.

L’organisation souligne que l’interdiction de voyager imposée à Mustapha Benfodil n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une pratique persistante visant des journalistes, des militants, des opposants politiques et des défenseurs des droits humains. Les autorités algériennes continuent d’imposer cette mesure arbitraire sans décision judiciaire ni décision écrite et motivée, malgré les recommandations répétées des Nations unies appelant à mettre fin à l’utilisation des interdictions de voyager en dehors des garanties prévues par la loi et à respecter pleinement le droit à la liberté de circulation.

SHOAA appelle les autorités algériennes à lever immédiatement l’interdiction de voyager imposée à Mustapha Benfodil, à mettre fin à l’utilisation des restrictions à la liberté de circulation comme moyen de réprimer la liberté d’expression et la création artistique, et à garantir la liberté de la presse et du débat public conformément aux obligations constitutionnelles et internationales de l’Algérie en matière de droits humains.

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