Communiqué de presse

Journée internationale de la jeunesse | En Algérie.. une jeunesse qui cherche son avenir hors de son pays

Chaque année, le 12 août, à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, le monde célèbre les jeunes autour des valeurs de dignité, d’opportunités, de participation, d’innovation et d’avenir durable. Pourtant, une large partie de la jeunesse algérienne est confrontée à une réalité bien plus sombre : chômage et précarité économique, difficultés à accéder à l’autonomie et à construire son avenir, perte de confiance dans les institutions et rétrécissement des espaces d’expression et de participation indépendante. Alors que les jeunes devraient constituer une force motrice du changement et du développement, pour beaucoup, la question n’est plus de savoir comment contribuer à construire l’avenir de leur pays, mais plutôt : ont-ils encore un avenir dans leur propre pays ?

Face à cette réalité, les autorités continuent de promouvoir un large discours sur « l’autonomisation de la jeunesse », mettant en avant la création du Conseil supérieur de la jeunesse, les programmes en faveur des start-up et l’entrepreneuriat comme autant de preuves de l’implication des nouvelles générations. Pourtant, créer des institutions et des conseils au nom des jeunes ne signifie pas les autonomiser lorsque leur capacité indépendante à influencer les décisions et à demander des comptes sur les politiques publiques demeure limitée. Le risque est alors de voir ces structures devenir des vitrines institutionnelles donnant l’image de la participation davantage qu’elles n’accordent aux jeunes une participation réelle. Les jeunes n’ont pas tant besoin d’institutions qui parlent en leur nom que du droit de parler eux-mêmes, y compris lorsqu’ils critiquent le pouvoir et ses politiques. Une participation dont le pouvoir définit lui-même le cadre, les limites et les voix acceptables n’est pas une véritable autonomisation, mais une participation administrée d’en haut.

Le paradoxe devient encore plus manifeste lorsqu’on demande aux jeunes d’être innovateurs, entrepreneurs et acteurs du développement, tandis que les espaces d’engagement civique, politique et syndical, ainsi que d’expression critique, demeurent restreints. On ne peut demander aux jeunes de construire l’avenir tout en limitant leur droit de débattre de la manière dont cet avenir doit être construit. Il ne peut pas davantage y avoir de citoyenneté effective sans un espace public ouvert à la divergence, à la critique et à la redevabilité.

L’image la plus sombre apparaît lorsque le départ du pays devient lui-même un projet d’avenir. L’émigration, le départ des compétences et les jeunes qui risquent leur vie en traversant la Méditerranée témoignent d’une crise qui dépasse largement la simple recherche d’un emploi. Ils traduisent une érosion de la confiance dans la possibilité de construire une vie et un avenir dans son propre pays. Lorsqu’une partie d’une génération entière en vient à considérer que ses perspectives se trouvent ailleurs, il ne s’agit plus simplement d’un « problème de jeunesse », mais du signe inquiétant d’une crise de confiance dans l’avenir.

En cette Journée internationale de la jeunesse 2026, les jeunes Algériens n’ont pas besoin de nouveaux slogans les présentant comme la « richesse de la nation » ou les « bâtisseurs de l’avenir ». Ils ont besoin d’un travail décent, de l’égalité des chances, d’une éducation de qualité, de la liberté d’expression et d’association, d’un espace civique ouvert et d’un véritable droit de critiquer, de demander des comptes et de participer à la prise de décision. Le véritable indicateur de l’autonomisation des jeunes n’est pas le nombre de conseils ou de programmes créés en leur nom, mais la liberté, les opportunités et le pouvoir d’influence dont ils disposent réellement. Parler d’un avenir construit par la jeunesse perd son sens lorsque celle-ci cherche cet avenir hors de son propre pays.

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