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Trente ans à porter la photo de son fils et à attendre son retour : l’histoire d’Oum Amine

Depuis l’arrestation de son fils, Mohamed El Amine Nateche, le 27 février 1996, Mme Fatiha Nateche, connue sous le nom d’« Oum Amine », porte sa photo et cherche des réponses aux mêmes questions qui ne l’ont jamais quittée depuis trente ans :

Où est mon fils ? Que lui est-il arrivé ?

Mohamed El Amine n’avait que 16 ans lorsqu’il a été arrêté au domicile familial, à Alger, vers 2 heures du matin, par des agents de police de la commune de Bourouba, dans la daïra d’El Harrach, accompagnés d’éléments de la sécurité militaire. Sa famille s’est vu dire qu’il serait emmené pour être interrogé pendant quelques heures seulement, avant d’être ramené à la maison. Mais les heures sont devenues des jours, les jours des années, et les années trois décennies. Mohamed El Amine n’est jamais revenu.

Depuis cette nuit-là, toute trace de l’adolescent de 16 ans a disparu, marquant le début d’un combat que sa mère n’a jamais cessé de mener. Mme Fatiha Nateche a porté la photo de son fils à travers de nombreuses wilayas d’Algérie, participant aux rassemblements et aux mobilisations réclamant que soit révélé le sort des disparus et faisant connaître le cas de Mohamed El Amine. Elle s’est également montrée solidaire des détenus, des victimes de violations et des personnes engagées dans différentes causes liées aux droits humains.

Lorsque les autorités ont adopté la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, Oum Amine a refusé que l’indemnisation financière puisse se substituer à la vérité ou mettre un terme au dossier de son fils. Elle figurait parmi les familles de disparus ayant refusé les indemnisations financières liées aux procédures de règlement des dossiers des disparus, maintenant son exigence de connaître le sort de Mohamed El Amine.

Elle s’est également opposée à la Charte, estimant qu’elle n’avait pas rendu justice aux victimes et à leurs familles et qu’elle avait consacré l’impunité pour les violations commises durant les années 1990. Pour elle, le cas d’un fils disparu après son arrestation ne peut être réduit à une indemnisation financière, et son dossier ne peut être clos tant que les questions fondamentales restent sans réponse :

Où est-il ? Que lui est-il arrivé ? Et qui est responsable de sa disparition ?

Oum Amine a payé le prix de son attachement à ces revendications. Au fil des années de son engagement, elle a fait face à des restrictions et à des poursuites judiciaires. Pourtant, elle a continué à participer aux mobilisations et n’a jamais cessé de porter la photo de Mohamed El Amine, refusant que le passage du temps transforme son fils en un simple numéro dans un dossier du passé.

Son histoire résume l’une des réalités les plus cruelles de la disparition forcée : une mère a vu son fils de 16 ans être emmené de chez lui et on lui a dit qu’il reviendrait quelques heures plus tard. Elle a ensuite passé trente ans à l’attendre.

À l’occasion du 30 août, Journée internationale des victimes de disparition forcée, l’histoire d’Oum Amine n’a pas besoin d’une nouvelle question. Celle qui s’est posée aux premières heures du 27 février 1996 reste la même :

Où est Mohamed El Amine Nateche ? Que lui est-il arrivé après son arrestation ?

Trente ans ne peuvent effacer le droit d’une mère de connaître le sort de son fils. Une indemnisation financière ne peut remplacer la vérité, la réconciliation ne peut se construire sur l’oubli, et le dossier d’une personne dont le sort reste inconnu ne peut être simplement clos.

Trente ans plus tard, Oum Amine porte toujours sa photo et attend toujours la vérité — car Mohamed El Amine n’est pas un dossier clos, mais un fils qui n’est toujours pas revenu auprès de sa mère.

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