Sensibilisation et Campagnes

De la disparition de son fils à la défense de milliers de disparus : l’histoire de Nassera Dutour

Nassera Dutour est une éminente défenseure algérienne des droits humains qui consacre depuis des décennies son engagement à faire la lumière sur le sort des victimes de disparition forcée durant les années de violence qu’a connues l’Algérie, notamment dans les années 1990.

Son combat contre les disparitions forcées est né d’une tragédie personnelle. En 1997, son fils Amine a disparu dans des circonstances relevant d’une disparition forcée. Dès lors, la douleur d’une mère à la recherche de son fils s’est transformée en un long combat collectif aux côtés des familles de disparus pour la vérité, la justice, la réparation et l’établissement du sort de leurs proches.

En sa qualité de présidente du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA) et de SOS Disparus, Nassera Dutour a contribué à porter la voix des familles devant les instances internationales et à maintenir la question des disparus au premier plan, malgré les décennies écoulées depuis le début de cette tragédie.

Pourtant, le 30 juillet 2025, Nassera Dutour s’est vu refuser l’entrée en Algérie. Selon une communication des procédures spéciales des Nations Unies, elle a été retenue pendant environ trois heures à son arrivée, interrogée sur ses activités associatives, puis renvoyée vers la France, alors qu’elle avait présenté un passeport algérien en cours de validité.

Son parcours résume une douloureuse contradiction : une mère dont le fils a été victime de disparition forcée, qui a consacré sa vie à le rechercher et à défendre des milliers de familles confrontées à la même tragédie… s’est retrouvée interdite d’entrée dans son propre pays.

Son cas a été porté devant les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Dans une communication datée du 29 août 2025, cinq titulaires de mandat ont soulevé la question de son interdiction d’entrée en Algérie et ont lié son cas à des préoccupations concernant les disparitions forcées, la liberté d’expression, les libertés de réunion pacifique et d’association, la protection des défenseurs des droits humains, ainsi que les droits à la vérité, à la justice, à la réparation et aux garanties de non-répétition.

Les experts des Nations Unies ont également exprimé leurs préoccupations concernant les restrictions affectant le CFDA et SOS Disparus, alors que les familles de disparus continuent de réclamer l’un de leurs droits les plus fondamentaux : savoir où sont leurs fils, leurs pères et leurs époux, et ce qui leur est arrivé.

Près de trois décennies plus tard… la question reste sans réponse

Où est Amine ? Que lui est-il arrivé ?

Près de trois décennies plus tard, Nassera Dutour continue de porter sa propre question, mais aussi celles de milliers de familles qui ignorent toujours le sort de leurs proches.

À l’occasion du 30 août, Journée internationale des victimes de disparition forcée, son histoire rappelle qu’une disparition forcée ne s’arrête pas lorsque la victime disparaît : elle laisse derrière elle une mère qui cherche, une famille qui attend et des questions qui peuvent rester sans réponse pendant des décennies.

Rechercher un fils disparu n’est pas un crime, et défendre le droit des familles à connaître la vérité n’est pas une menace. Celles et ceux qui consacrent leur vie à établir le sort des disparus doivent pouvoir poursuivre leur combat sans entraves, restrictions ni intimidations.

Amine a disparu… mais sa mère n’a jamais cessé de le chercher.
Et le droit des familles à la vérité ne s’efface pas avec le temps.

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