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De la disparition de son oncle à une condamnation à la prison : l’histoire de Slimane Hamitouche

Depuis la disparition de son oncle Achour Berkaoui, le 20 novembre 1994, Slimane Hamitouche vit avec une question restée sans réponse depuis plus de trois décennies : où est Achour et que lui est-il arrivé ? L’homme disparu n’était pas simplement son oncle : c’est lui qui l’avait élevé et il représentait pour lui une figure paternelle.

Cette tragédie personnelle s’est transformée en un long engagement en faveur des droits humains. Hamitouche est devenu l’un des défenseurs des familles de disparus, en sa qualité de coordinateur national de la Coordination nationale des familles des enlevés, participant à des rassemblements et actions pacifiques pour réclamer la vérité, la justice et l’établissement du sort des disparus.

Au fil des années, il a fait l’objet de plusieurs arrestations et poursuites judiciaires. En 2021, il a été emprisonné dans le cadre d’une affaire liée à son militantisme, mais après sa libération, il a continué à participer aux actions des familles de disparus et à défendre la cause de son oncle.

Le 8 avril 2026, les services de sécurité l’ont arrêté après sa participation au rassemblement hebdomadaire des familles de disparus à Alger. Le lendemain, il a comparu devant le tribunal de Sidi M’Hamed dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate. Il a été reconnu coupable de participation à un attroupement non armé et condamné à six mois de prison ferme sans mandat de dépôt, tout en étant acquitté de l’accusation de refus d’obtempérer.

Son cas a été porté devant les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Dans une communication datée du 29 avril 2026, trois titulaires de mandat ont soulevé des préoccupations concernant les circonstances de son arrestation et les informations selon lesquelles il n’aurait pas été autorisé à communiquer avec sa famille ou son avocat. Ils ont également exprimé leur inquiétude face aux allégations de détention arbitraire, de harcèlement et d’intimidation visant des membres de familles de disparus et des défenseurs des droits humains.

Le paradoxe est saisissant : Achour Berkaoui a disparu en 1994 et, plus de trois décennies plus tard, son sort reste inconnu, tandis que celui qu’il a élevé fait face à des arrestations et à la prison pour avoir demandé ce qui lui est arrivé.

À l’occasion du 30 août, Journée internationale des victimes de disparition forcée, le cas de Slimane Hamitouche rappelle que derrière chaque personne disparue se trouve une famille dont l’attente peut durer des décennies, et que son droit de connaître le sort de ses proches ne disparaît pas avec le temps.

Où est Achour Berkaoui ?

Rechercher la vérité n’est pas un crime, et demander que soit établi le sort des disparus ne devrait pas conduire à l’arrestation ou à la prison. Le droit des familles à la vérité et à la justice doit être protégé, et non devenir un motif de poursuites.

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