Communiqué de presse

L’Algérie absente de la liste européenne des « pays d’origine sûrs » : la réalité des violations met à mal le discours des autorités

SHOAA for Human Rights a suivi avec attention les développements liés à la mise en œuvre du Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile. Avec l’entrée en application des nouvelles règles le 12 juin 2026, l’Algérie n’a pas été inscrite sur la liste européenne commune des « pays d’origine sûrs ».

Cette liste est utilisée dans le cadre des procédures d’asile afin d’identifier les pays d’origine qui sont présumés, selon les critères européens, offrir de manière générale un niveau suffisant de sécurité et de protection. Toutefois, la situation individuelle de chaque demandeur de protection ainsi que les risques auxquels il pourrait être exposé en cas de retour demeurent des éléments essentiels dans l’examen de sa demande.

SHOAA considère que l’absence de l’Algérie de cette liste revêt une importance particulière au regard de la situation des droits et libertés dans le pays. Elle ne peut être dissociée du fossé entre le discours officiel, qui présente l’Algérie comme un État d’institutions et de droit garantissant les droits et les libertés, et une réalité dans laquelle les organisations de défense des droits humains ont documenté des arrestations et des poursuites judiciaires liées à l’expression pacifique, le maintien en détention de prisonniers d’opinion, des restrictions imposées à la presse ainsi qu’aux activités politiques et de défense des droits humains, des entraves à la liberté de circulation et des pressions exercées sur les militants et les défenseurs des droits humains.

Du point de vue des droits humains, la sécurité ne saurait être mesurée uniquement à l’absence de guerre ou de conflit armé. Elle se mesure également à la capacité des citoyens à exprimer leurs opinions et à critiquer les autorités, des journalistes à exercer librement leur métier et des militants à défendre les droits et les libertés sans craindre l’arrestation, les poursuites ou les sanctions.

La libération d’un prisonnier d’opinion ne signifie pas nécessairement la fin des risques auxquels il est exposé. Dans certains cas, les poursuites judiciaires, les pressions, les restrictions de voyage et la surveillance peuvent se poursuivre, tandis que la personne peut rester exposée à de nouvelles poursuites en raison de ses activités ou de ses opinions. Ces réalités mettent en évidence l’écart entre les garanties répétées dans le discours officiel et les pratiques effectivement observées sur le terrain.

Cette évolution revêt une importance particulière pour les demandeurs de protection internationale originaires d’Algérie, notamment les anciens prisonniers d’opinion, les militants politiques et des droits humains, les journalistes, les blogueurs et les défenseurs des droits humains ayant fait l’objet d’arrestations, de poursuites ou d’autres formes de pression en raison de leurs activités pacifiques et susceptibles d’être exposés à des risques en cas de retour dans le pays.

SHOAA souligne que les demandes de protection internationale présentées par des ressortissants algériens doivent faire l’objet d’un examen individuel, sérieux et approfondi, fondé sur des faits documentés, la situation des droits humains dans le pays, le parcours personnel du demandeur, la nature des violations qu’il a subies et les risques potentiels auxquels il pourrait être exposé en cas de retour, plutôt que sur la seule image du pays véhiculée par le discours officiel.

Dans ce contexte, l’organisation rappelle aux demandeurs de protection ayant subi des violations l’importance de documenter leur parcours et de conserver les éléments susceptibles d’étayer leur demande, notamment les jugements et documents judiciaires, les convocations, les documents relatifs à l’arrestation et à l’incarcération, les décisions d’interdiction de voyager, les rapports médicaux, les articles de presse, les preuves d’activités politiques ou de défense des droits humains, ainsi que tout autre document attestant de persécutions ou de restrictions. La précision, la chronologie et la cohérence du récit, ainsi qu’une explication claire des raisons justifiant la crainte d’un retour, demeurent également des éléments essentiels dans la présentation d’une demande de protection.

SHOAA considère que les réalités documentées en matière de droits humains mettent le discours officiel à l’épreuve des faits. Il ne suffit pas de proclamer le respect des libertés pour que celles-ci soient effectivement garanties, pas plus qu’il ne suffit d’invoquer l’État de droit lorsque des personnes se retrouvent devant les tribunaux ou derrière les barreaux pour avoir exercé des droits que la loi elle-même est censée protéger.

Entre l’Algérie présentée dans le discours des autorités et celle dont témoignent les prisonniers d’opinion, les journalistes, les militants, les défenseurs des droits humains et les victimes de violations, demeurent des faits que les déclarations officielles ne peuvent effacer.
La sécurité ne se construit pas à coups de slogans. Elle se mesure à la capacité de chacun de parler, de critiquer, d’écrire, de défendre les droits et de circuler librement sans avoir à le payer de sa liberté.

*Cliquez ici pour consulter le règlement (UE) 2026/464 relatif à la liste des pays d’origine sûrs :

https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2026/464/oj/eng?eliuri=eli%3Areg%3A2026%3A464%3Aoj&locale=fr

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