SHOAA pour les droits de l’Homme commémore la Journée mondiale de la liberté de la presse dans un contexte de recul sans précédent de la liberté des médias en Algérie, où le journalisme est passé d’un rôle de contre-pouvoir libre reflétant la voix de la société à un espace de répression systématique visant à faire taire les voix indépendantes.
En Algérie, les journalistes sont désormais traités comme des suspects pour le simple fait de s’écarter de la ligne officielle, et font face à des menaces d’emprisonnement et de poursuites dans un climat marqué par le durcissement des restrictions juridiques et sécuritaires. Malgré les garanties prévues par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et l’article 54 de la Constitution algérienne, la réalité révèle une politique claire de criminalisation du travail journalistique.
Plusieurs journalistes sont actuellement derrière les barreaux, tandis que d’autres font face à des accusations graves, notamment de terrorisme en vertu de l’article 87 bis du Code pénal. Parmi eux, le journaliste Hassan Bouras, qui a entamé une grève de la faim illimitée en détention à la veille de cette journée, dans un acte de protestation désespéré qui met en lumière la gravité des violations subies et fait peser un risque réel sur sa santé et sa vie. Le journaliste Abdelwakil Blamm est détenu depuis plus de 16 mois sans procès, en violation flagrante des garanties d’un procès équitable, tandis que le journaliste Abdelali Mezghiche est poursuivi pour atteinte à l’intérêt national.
D’autres journalistes continuent de subir harcèlement judiciaire et pressions administratives, notamment Abdelkrim Zeghileche, visé par des poursuites répétées, et Mustapha Bendjama, soumis à des mesures arbitraires telles que l’interdiction de voyager et des pressions sécuritaires, dans une tentative manifeste de réduire au silence toute voix indépendante.
Cette situation traduit une politique systématique de démantèlement des médias libres, à travers des lois floues, des poursuites à caractère politique et des procès ne respectant pas les normes internationales de justice, ainsi qu’une censure accrue et des pressions sur les médias indépendants. Le journalisme en Algérie est devenu une activité à haut risque, où dire la vérité peut conduire à l’emprisonnement, au harcèlement et à la diffamation.
En conséquence, SHOAA pour les droits de l’Homme appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les journalistes détenus, en particulier Hassan Bouras, Abdelwakil Blamm et Abdelali Mezghiche. Elle appelle également à la fin des poursuites à caractère politique, à la dépénalisation du travail journalistique, et à la garantie pour les journalistes d’exercer leur métier librement et sans intimidation, notamment en assurant la liberté d’expression et l’accès à l’information.
L’organisation appelle en outre à mettre fin à toutes les formes de harcèlement, y compris les interdictions de voyager et les restrictions administratives, et à une révision globale de la législation sur les médias conformément aux normes internationales, afin de garantir la protection des journalistes et l’indépendance des médias.



