Le 13 février 2025, SHOAA for Human Rights a organisé un webinaire marquant le 65e anniversaire du premier essai nucléaire français en Algérie, connu sous le nom de « Gerboise Bleue ». Cet essai, réalisé dans le désert du Sahara en 1960, a marqué le début d’une série de détonations nucléaires ayant laissé un héritage dévastateur sur l’environnement, la santé publique et les droits humains du peuple algérien. L’événement a été modéré par Imène Hmili, responsable des programmes chez SHOAA for Human Rights.
Rachid Aouine, fondateur et directeur exécutif de SHOAA for Human Rights, a partagé son point de vue sur la crise persistante à laquelle sont confrontées les victimes de ces essais nucléaires, déclarant :
« 65 ans après le premier essai nucléaire français dans le désert algérien, l’impact dévastateur de cette catastrophe radioactive continue de peser lourdement sur les générations présentes et futures. Nous réitérons notre appel à la France pour qu’elle assume sa responsabilité historique et juridique, déclassifie tous les documents relatifs aux essais nucléaires, initie le nettoyage des zones contaminées et indemnise les victimes. Nous exhortons également l’Algérie à prendre des mesures urgentes pour protéger la santé publique et impliquer la société civile dans les efforts de réhabilitation. Obtenir justice nécessite des actions concrètes des deux parties pour refermer ce chapitre douloureux de l’histoire et s’assurer que de telles tragédies ne se reproduisent jamais. »
Dr Becky Alexis-Martin, experte académique en géographie et santé environnementale, a mis en lumière les défis humanitaires et environnementaux persistants résultant de ces essais nucléaires. Elle a souligné que les effets de ces tests vont bien au-delà de la santé physique, insistant sur l’importance de comprendre les traumatismes psychologiques et les problèmes de santé dus à des contaminants autres que les radiations ionisantes. Elle a déclaré :
« Les enjeux humanitaires et environnementaux liés à Gerboise Bleue continuent de se répercuter dans l’espace et le temps. Il est essentiel de soutenir les communautés locales affectées pour un accès plus équitable et plus juste aux aides et aux réparations. Cela implique d’élargir notre perception des problèmes de santé induits par les armes nucléaires pour inclure les traumatismes psychologiques et les maladies liées aux contaminants autres que les radiations ionisantes. »
Charles K. Johnson, directeur des politiques à International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), a insisté sur l’importance de poursuivre les recherches sur les effets à long terme des essais nucléaires sur la santé et l’environnement. Il a évoqué l’engagement de l’IPPNW en faveur de nouvelles études pour mieux comprendre l’impact des détonations nucléaires sur les populations affectées et la nécessité urgente d’interdire définitivement les armes nucléaires. Il a déclaré :
« Je tiens à souligner la conclusion qui stipule : ‘Nous appelons l’Algérie et la France à établir une commission conjointe pour surveiller les conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires et autres expérimentations, avec la participation de représentants des deux gouvernements, de parlementaires et d’associations de victimes.’ Nous pensons que cette recommandation constituerait une étape cruciale pour reconnaître les dommages causés aux populations et à l’environnement, et pour mieux informer sur les effets immédiats et à long terme des détonations nucléaires. Il est impératif d’interdire définitivement ces armes les plus meurtrières, comme l’exige l’article 6 du Traité de non-prolifération nucléaire et en adhérant au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. »
Richard Outram, secrétaire de Mayors for Peace (chapitre Royaume-Uni/Irlande), a mis en avant l’importance de la coopération internationale pour garantir la justice aux victimes des essais nucléaires. Il a exhorté les gouvernements français et algérien à respecter les principes de la Convention des Nations Unies sur l’interdiction des armes nucléaires, notamment les articles 6 et 7, qui exigent que les États établissent des fonds volontaires pour l’assistance aux victimes et la réhabilitation environnementale. Il a souligné :
« Nous devons continuer à nous battre pour la reconnaissance, la justice et l’indemnisation des personnes ayant souffert des essais atomiques et nucléaires, qu’il s’agisse de communautés autochtones ou d’anciens militaires. Nous devons convaincre les gouvernements français et britannique de respecter l’esprit des articles 6 et 7 du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires en mettant en place des fonds volontaires pour assurer une assistance aux victimes et une réparation environnementale. »
Sophie Chalmin, chercheuse en design social, a présenté une critique approfondie du système français d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, soulignant ses inefficacités et son manque d’équité, notamment dans le contexte algérien. Elle a dénoncé les stratégies d’évitement utilisées par les autorités françaises pour échapper à leur responsabilité dans les dégâts causés par leur programme nucléaire au Sahara. Elle a insisté sur la nécessité urgente de réformer ce système afin de garantir une indemnisation juste des victimes, en particulier en raison de la contamination persistante des sols. Elle a déclaré :
« Le système français d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, particulièrement injuste et inefficace dans le contexte algérien, met en lumière une série de stratégies d’évitement utilisées par les autorités françaises pour se soustraire à leur responsabilité dans le programme militaire qu’elles ont conduit au Sahara. Il est urgent de revoir ce système pour garantir aux victimes une indemnisation équitable, notamment en lien avec la contamination persistante des sols. »
Ce webinaire a représenté une opportunité essentielle pour aborder les conséquences durables des essais nucléaires et proposer des solutions pour atteindre la justice, les réparations et la responsabilité. Comme l’ont clairement exprimé les intervenants, la poursuite du plaidoyer, de la recherche et des réformes est cruciale pour garantir la justice aux personnes touchées.
À l’avenir, nous devons poursuivre nos efforts pour que les gouvernements français et algérien assument pleinement leur responsabilité face aux préjudices causés et que les victimes reçoivent les réparations qu’elles méritent.



