Le 17 décembre 2025, SHOAA pour les droits de l’homme, en partenariat avec le Bureau international de la paix (IPB), a organisé un webinaire intitulé : « Briser le silence : restaurer la mémoire des essais nucléaires français et amplifier la voix de leurs victimes en Algérie ».
Le webinaire a abordé l’un des héritages les plus durables mais aussi les plus négligés de la violence coloniale : les essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966, ainsi que leurs conséquences humaines, environnementales et politiques persistantes, en mettant l’accent sur la perspective des victimes.
La discussion a été modérée par Aigerim Seitenova, fondatrice de la Qazaq Nuclear Frontline Coalition, et a réuni Amel El Mejri, docteure en droit international et militante pour le désarmement nucléaire, Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN France, ainsi que le Dr Patrice Richard, coprésident de l’AMFPGN–IPPNW France. Ensemble, les intervenants ont apporté des perspectives juridiques, historiques, médicales et militantes à un échange plaçant les victimes des essais nucléaires au cœur du débat.
Amel El Mejri s’est penchée sur les obstacles juridiques et administratifs qui empêchent la reconnaissance officielle des victimes. Elle a souligné que les cadres existants imposent souvent des charges de preuve irréalistes aux personnes affectées et ne tiennent pas compte des réalités des contextes coloniaux, où la documentation est rare et l’accès à l’information limité. Revenant sur ces défis, elle a déclaré :
« La reconnaissance n’est pas symbolique ; elle constitue la porte d’entrée juridique vers la justice. Sans la reconnaissance des victimes des essais nucléaires comme titulaires de droits, l’assistance, les réparations et la réhabilitation demeurent impossibles. »
De son côté, le Dr Patrice Richard a présenté un aperçu historique détaillé des essais nucléaires français en Algérie. Son intervention a porté sur les conditions dans lesquelles ces essais ont été réalisés, les politiques d’évacuation mises en œuvre par les autorités françaises et les impacts spécifiques sur les populations vivant à proximité des sites d’essais. Il a également examiné le rôle des organisations de la société civile, les actions menées par l’ancien ministre français de la Défense Hervé Morin et les réponses des autorités algériennes. Évoquant les demandes d’indemnisation et le refus persistant de la France de reconnaître pleinement sa responsabilité, il a observé :
« Les progrès en faveur des Algériens exposés aux radiations des essais nucléaires de 1960 à 1966 nécessitent un nouvel engagement diplomatique entre la France et l’Algérie. Plus de soixante ans après, les terres contaminées ne sont toujours pas cartographiées et les populations affectées insuffisamment soutenues, rendant urgente la mise en place d’une commission conjointe et de mécanismes renforcés de soutien aux victimes. »
Jean-Marie Collin a abordé les responsabilités et les actions des autorités algériennes face à l’héritage des essais nucléaires. Il a mis en lumière les préoccupations persistantes liées aux déchets nucléaires, à la contamination environnementale et à l’absence de stratégies transparentes et globales pour faire face aux risques à long terme pour la santé publique et l’environnement. Soulignant la nécessité d’une volonté politique durable et d’une pression internationale, il a déclaré :
« Je recommande que la France signe, ou à tout le moins members2ce en tant qu’observateur, à la prochaine members du TIAN, et que l’Algérie ratifie le TIAN dans les plus brefs délais afin de pouvoir participer en tant qu’État partie à la prochaine members2ce d’examen des États members. »
Tout au long des échanges, les intervenants ont souligné que l’héritage des essais nucléaires en Algérie n’est pas seulement une question historique, mais une injustice toujours actuelle. L’absence de données complètes, l’accès limité aux archives et le manque de mécanismes efficaces centrés sur les victimes continuent de réduire au silence les communautés affectées et de retarder la reddition de comptes. Le webinaire a réaffirmé l’importance des cadres internationaux, tels que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, notamment ses dispositions relatives à l’assistance aux victimes et à la réparation environnementale, en tant qu’outils essentiels pour faire avancer la justice.
La conférence s’est conclue en réaffirmant que SHOAA pour les droits de l’homme et le Bureau international de la paix réitèrent leur engagement à amplifier la voix des victimes des essais nucléaires en Algérie et à travailler avec des partenaires internationaux afin de garantir la reconnaissance, les réparations et la justice environnementale. Briser le silence entourant cet héritage demeure une étape nécessaire vers la responsabilité, la dignité et une paix durable.



