Communiqué de presse

SHOAA condamne des arrestations et des poursuites arbitraires visant des chauffeurs de camions et des citoyens en raison de leur rejet du nouveau code de la route

L’organisation SHOAA condamne avec la plus grande fermeté la série d’arrestations et de poursuites judiciaires arbitraires ayant ciblé plusieurs chauffeurs de camions dans différentes wilayas d’Algérie, à la suite de leur participation à une grève et à des protestations pacifiques par lesquelles ils ont exprimé leur rejet de certaines dispositions du nouveau code de la route, notamment celles qui, selon eux, mettent excessivement l’accent sur l’aspect répressif et menacent directement leurs moyens de subsistance et leurs conditions professionnelles.

Ces mesures ont également concerné l’arrestation de citoyens et de blogueurs ayant documenté ces mouvements pacifiques et relayé les revendications des protestataires auprès de l’opinion publique, ainsi que l’ouverture de poursuites judiciaires et le prononcé de peines privatives de liberté à l’encontre de certains participants. Cette escalade dangereuse suscite de vives inquiétudes quant à l’état des libertés publiques en Algérie.

Tout en rappelant que le droit de manifester pacifiquement, la liberté d’expression, la liberté de réunion et de manifestation pacifique, ainsi que la documentation et la diffusion des événements, sont des droits garantis explicitement par l’article 52 de la Constitution algérienne, ainsi que par les conventions internationales ratifiées par l’Algérie, SHOAA considère que ces arrestations et poursuites constituent une violation flagrante des libertés fondamentales et une tentative injustifiée de criminaliser des revendications sociales et professionnelles légitimes.

L’arrestation de chauffeurs de camions pour leur participation à une grève pacifique, et la détention de citoyens pour le simple fait d’avoir filmé et diffusé des vidéos exprimant les difficultés et les revendications des chauffeurs, conjuguées à un discours de diabolisation et à des accusations de “complot” portant atteinte à l’ordre public, ne font qu’attiser les tensions et aggraver le climat social, au lieu d’apaiser la situation et d’ouvrir des voies de dialogue et de solution.

SHOAA estime que l’approche sécuritaire et judiciaire adoptée pour gérer les protestations sociales en Algérie ne saurait constituer une solution, mais contribue au contraire à un resserrement de l’espace civique, en contradiction avec le principe de l’État de droit et avec les engagements nationaux et internationaux de l’Algérie en matière de droits humains.

L’organisation exprime également sa vive inquiétude face à la poursuite de l’adoption de lois et de textes législatifs, dont le nouveau code de la route, sans consultation des parties prenantes ni ouverture d’un débat sérieux et transparent. Cette pratique accentue la crise de confiance et alimente les tensions sociales, parallèlement à de nombreuses autres lois ayant affecté de larges segments de la société algérienne et utilisées comme instruments de restriction des libertés fondamentales.

En conséquence, SHOAA appelle à :

  • La libération immédiate et inconditionnelle de tous les chauffeurs de camions et citoyens détenus en Algérie en lien avec la grève pacifique ou sa documentation.
  • L’abandon de toutes les poursuites judiciaires et des peines privatives de liberté liées à l’exercice de la liberté d’expression et du droit de manifester pacifiquement.
  • La cessation de toute forme de criminalisation, de stigmatisation et de discours de diabolisation visant les protestataires.
  • L’ouverture d’un dialogue sérieux et responsable avec les représentants des chauffeurs de camions et des instances professionnelles afin de réviser les dispositions du nouveau code de la route jugées injustes, dans le respect des réalités sociales et professionnelles de cette catégorie.

SHOAA réaffirme sa solidarité totale avec les chauffeurs de camions et l’ensemble des citoyens en Algérie ayant exprimé pacifiquement leurs opinions et revendications, soulignant que la transmission de la voix des protestataires et la documentation de leurs actions constituent un droit légitime qui ne saurait justifier des arrestations ou des poursuites.

En conclusion, SHOAA appelle l’ensemble des forces vives de la société algérienne — organisations de défense des droits humains, syndicats, société civile et médias indépendants — à se mobiliser pour défendre la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement, piliers essentiels d’une société juste fondée sur le respect des droits et l’État de droit.

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